Vents Nordiques à la SMCQ-UN CONCERT INAUGURAL HISTORIQUE

Vents Nordiques à la SMCQ

UN CONCERT INAUGURAL HISTORIQUE

La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) a lancé sa 55e saison par un concert à la fois rafraichissant et à plusieurs connotations historiques. Un concert intitulé “Vents nordiques” parce que, selon le compositeur et chef Walter Boudreau, directeur artistique de la SMCQ, « ces vents ont la réputation de chasser les mauvais temps, la pollution, les mauvaises idées et que nous avons tous bien besoin d’un antidote musical pour nettoyer notre esprit et chasser la Covid-19… »

Historique par cette “saison en enfer” que nous fait vivre la pandémie, historique aussi par le choix des œuvres présentées. C’est donc devant une salle « pleine » (en tenant compte des consignes sanitaires : distanciation sociale, masques, rangée de sièges fermées, etc.) que les musiciens ont interprété des œuvres exigeantes mais rarement présentées au public, dont une écrite par le Québécois Michel Longtin (1946 – ), et, en entrée de programme, deux compositions de Galina Oustvolskaïa (1919 – 2006). Née sous Lénine et décédée sous Poutine, cette compositrice russe méconnue aura tout renié, sauf un corpus d’environ 21 pièces qui ne répondaient pas aux critères de la musique officielle soviétique. Comme ce Dona Nobis Pacem puis le Dies Irae, présentés lors de ce concert inaugural.

Dona Nobis Pacem (Donne-nous la paix)

© Jérome Bertrand

Les graves du piano apparaissent au début un peu scolaires mais ils se déploient bientôt, et mettent en valeur une structure qui se bâtit avec la complicité d’un tuba presque tellurique, en forme de plainte. Loin d’être primesautier, un piccolo strident crie la douleur de l’enfantement : on assiste à la naissance brute d’une mélodie parmi des accords hallucinants. Le minimalisme du piano laisse une place conséquente au silence et au temps nécessaire pour qu’une marche se mette en place. Utilisant les extrémités du clavier, les sons ultimes du piccolo et l’expressivité méconnue du tuba (trop souvent sous-employé ailleurs), Galina Oustvolskaïa pousse les instruments à l’excès comme une urgence de vivre… et de vivre libre !

© Jérome Bertrand

Dies Irae (Jour de colère)

Plus direct, plus osé, dans le même état d’esprit mais encore sous la crainte d’une possible censure, la compositrice russe a écrit une cadence soutenue par huit contrebasses à l’unisson, un piano comme un lien mélodique, et la rythmique de deux marteaux sur un cube en bois comme méga-tambour : c’est une marche emplie de colère et de revendications que le chef invité Jean-Michaël Lavoie a dirigée avec brio et justesse. À l’issue de l’œuvre, le chef a marqué une longue pause finale. Même ce silence semblait inscrit dans la partition….

Pohjatuuli (Vent du Nord, en finnois)

Yukon

En seconde partie, ce fut « un hommage à nos hivers », a commenté Georges Nicholson, maitre de cérémonie de cet après-midi musical, en présentant l’œuvre de Michel Longtin. Sous la direction de Jean-Michaël Lavoie, 2 contrebasses, 2 violoncelles, 3 percussions et quatre cuivres, accompagnaient la clarinette solo d’André Moisan.

En entrevue, le soliste conseillait même de fermer les yeux pour se laisser emporter dans la vastitude des sonorités, et découvrir par l’émotion les textures riches en couleurs de cette composition : des sons fuyants, ponctués de glissando, des souffles sans son par les instruments à vent, mais aussi les cloches tubulaires, les carillons de bambou, d’écailles, d’osselets, etc., qui évoquaient le bruissement des branches d’arbres dans le vent et les réactions de la nature sous les effets des vents nordiques. Bref, une partition extrêmement fournie, faussement éclectique mais riche d’ornements très expressifs pour évoquer la fluctuation des vents, et ces bourrasques de neige qui aveuglent et diluent nos repères dans la brume.

S’inscrivant dans cette rythmique presque obsessive, certaines phrases musicales rappelaient par instants Beethoven (5esymphonie), Bernstein (West Side Story), et bien sûr Sibelius, auquel Michel Longtin rendait hommage par cette œuvre. Ainsi, de Sibelius à Longtin, deux discours musicaux, l’un finlandais, l’autre québécois, se complètent voire s’enrichissent selon une écriture instrumentale classique dans son apparence, mais qui exploite avec imagination les sonorités moins courantes des instruments.

Michel Joanny-Furtin

Crédit de la photo à la une : © Jérome Bertrand

On peut réécouter le concert inaugural de la saison 2020-2021 de la SMCQ sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=fdeyDFowLhM

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