gestes/libertés de Symon Henry : du motet à 40 voix de Tallis à l’écriture micro-tonale

C’est dans le cadre de son plus récent projet, Antiphonaire, que l’ensemble Magnitude6 a commandé au compositeur et pianiste Symon Henry une pièce devant s’inspirer du motet à  40 voix Spem in alium (c. 1570) de Thomas Tallis. Le résultat : gestes/libertés, œuvre pour quintette de cuivres, batterie et bande multipiste exploitant les relations entre la musique instrumentale, les sons concrets et les mots.

La musique de Symon Henry est caractérisée par son intérê pour les arts visuels et la poésie, ainsi que par une forme de quête d’identité. À tous ces aspects, s’ajoute, dans gestes/libertés, la notion de musique in situ. En effet, le lieu du concert, le Gesù, inspira grandement Symon Henry dans la composition de sa pièce de par « les fantômes historiques qui habitent les murs de cette église », pour utiliser les mots du compositeur. Ainsi, en plus du contexte de création propice à  évoquer des « fantômes », le matériau générateur de gestes/libertés symbolise lui-même ces spectres. La pièce utilise comme matériau de base le contour mélodique obtenu à  partir de l’analyse spectrale de divers sons tels un rire féminin, des bruits métalliques ou encore des chuchotements. Ce sont les fantômes au sein même de gestes/libertés.

La pièce est divisée en deux parties de longueurs inégales. La première partie débute par la bande seule présentant le matériau générateur de la pièce, qui est ensuite rejointe par les cuivres. Ces derniers se retirent ensuite pour laisser la bande seule à  nouveau. Sur cette première partie de la bande, sont entre autres exposés de façon superposée des extraits murmurés de textes de Hubert Aquin (Prochain épisode), Gaston Miron (Recours didactique) et Paul-Marie Lapointe (Le vierge incendié). Ces textes, présents en filigrane tout au long de la partie A, ne sont pas destinés à  être perçus clairement par les auditeurs, mais offrent plutôt une tapisserie de phonèmes de laquelle certains mots ressortent davantage. En raison des effets de spatialisation, la perception de ces mots dépend de l’endroit où l’auditeur se situe. Mentionnons que ces chuchotements en trame de fond ne sont pas sans rappeler l’effet produit par la superposition des attaques vocales pouvant être perçues lors de l’apogée de Spem in alium. La bande de la partie A se conclut par la récitation d’un poème écrit par Symon Henry lui-même.

La deuxième partie de la pièce est caractérisée par l’ajout de la batterie, alors que la bande en est absente pour la presque totalité. Le matériau exposé sur la bande de la première partie est désormais exploité aux instruments. Beaucoup plus longue, cette seconde partie présente davantage de contrastes dans les textures et les tempi. Les registres extrêmes sont également exploités avec, par exemple, la superposition homorythmique de la trompette et du tuba, jouant respectivement la note la plus aiguà« et la plus grave possible. Ce monolithe sonore laisse ensuite la place à  un solo de batterie qui s’effacera bientôt pour laisser à  nouveau la place à  la bande seule. La pièce se termine comme elle a commencé, en présentant à  nouveau le matériau de base.

Antiphonaire se veut un concert mettant en relation les opposés apparents que sont la musique de la Renaissance et la musique contemporaine, la musique électroacoustique et acoustique, ainsi que le sacré et le profane. Cette dernière dialectique est particulièrement exploitée dans gestes/libertés dont l’incarnation ultime se retrouve dans le poème sensuellement cru de Symon Henry précédemment mentionné.

Cette pièce, qui trouve tout son sens non seulement au sein du programme d’Antiphonaire, mais également en soi, soulève, pour reprendre les mots du compositeur « un ensemble de questions dont les réponses sont laissées à  l’intelligence de celle, celui, qui accepte encore, aujourd’hui, de n’êre pas simplement bercé par l’écoute, mais plutôt transformé par elle ».

Symon Henry termine actuellement une maîtrise en composition au Conservatoire de musique de Montréal dans la classe de Serge Provost. Il a notamment été joué par le duo Guitartare (Montréal), l’ensemble SurPlus (Stuttgart), l’ensemble Aventa (Victoria, Colombie-Britannique) et le Nouvel Ensemble Moderne (à  Shanghai). Marie-Pier Leduc
5 février 2012

C’est dans le cadre de son plus récent projet, Antiphonaire, que l’ensemble Magnitude6 a commandé au compositeur et pianiste Symon Henry une pièce devant s’inspirer du motet à  40 voix Spem in alium (c. 1570) de Thomas Tallis. Le résultat : gestes/libertés, œuvre pour quintette de cuivres, batterie et bande multipiste exploitant les relations entre la musique instrumentale, les sons concrets et les mots.

La musique de Symon Henry est caractérisée par son intérêt pour les arts visuels et la poésie, ainsi que par une forme de quête d’identité. À tous ces aspects, s’ajoute, dans gestes/libertés, la notion de musique in situ. En effet, le lieu du concert, le Gesù, inspira grandement Symon Henry dans la composition de sa pièce de par « les fantômes historiques qui habitent les murs de cette église », pour utiliser les mots du compositeur. Ainsi, en plus du contexte de création propice à  évoquer des « fantômes », le matériau générateur de gestes/libertés symbolise lui-même ces spectres. La pièce utilise comme matériau de base le contour mélodique obtenu à  partir de l’analyse spectrale de divers sons tels un rire féminin, des bruits métalliques ou encore des chuchotements. Ce sont les fantômes au sein même de gestes/libertés.

La pièce est divisée en deux parties de longueurs inégales. La première partie débute par la bande seule présentant le matériau générateur de la pièce, qui est ensuite rejointe par les cuivres. Ces derniers se retirent ensuite pour laisser la bande seule à  nouveau. Sur cette première partie de la bande, sont entre autres exposés de façon superposée des extraits murmurés de textes de Hubert Aquin (Prochain épisode), Gaston Miron (Recours didactique) et Paul-Marie Lapointe (Le vierge incendié). Ces textes, présents en filigrane tout au long de la partie A, ne sont pas destinés à  être perçus clairement par les auditeurs, mais offrent plutôt une tapisserie de phonèmes de laquelle certains mots ressortent davantage. En raison des effets de spatialisation, la perception de ces mots dépend de l’endroit où l’auditeur se situe. Mentionnons que ces chuchotements en trame de fond ne sont pas sans rappeler l’effet produit par la superposition des attaques vocales pouvant être perçues lors de l’apogée de Spem in alium. La bande de la partie A se conclut par la récitation d’un poème écrit par Symon Henry lui-même.

La deuxième partie de la pièce est caractérisée par l’ajout de la batterie, alors que la bande en est absente pour la presque totalité. Le matériau exposé sur la bande de la première partie est désormais exploité aux instruments. Beaucoup plus longue, cette seconde partie présente davantage de contrastes dans les textures et les tempi. Les registres extrêmes sont également exploités avec, par exemple, la superposition homorythmique de la trompette et du tuba, jouant respectivement la note la plus aiguà« et la plus grave possible. Ce monolithe sonore laisse ensuite la place à  un solo de batterie qui s’effacera bientôt pour laisser à  nouveau la place à  la bande seule. La pièce se termine comme elle a commencé, en présentant à  nouveau le matériau de base.

Antiphonaire se veut un concert mettant en relation les opposés apparents que sont la musique de la Renaissance et la musique contemporaine, la musique électroacoustique et acoustique, ainsi que le sacré et le profane. Cette dernière dialectique est particulièrement exploitée dans gestes/libertés dont l’incarnation ultime se retrouve dans le poème sensuellement cru de Symon Henry précédemment mentionné.

Cette pièce, qui trouve tout son sens non seulement au sein du programme d’Antiphonaire, mais également en soi, soulève, pour reprendre les mots du compositeur « un ensemble de questions dont les réponses sont laissées à  l’intelligence de celle, celui, qui accepte encore, aujourd’hui, de n’êre pas simplement bercé par l’écoute, mais plutôt transformé par elle ».

Symon Henry termine actuellement une maîtrise en composition au Conservatoire de musique de Montréal dans la classe de Serge Provost. Il a notamment été joué par le duo Guitartare (Montréal), l’ensemble SurPlus (Stuttgart), l’ensemble Aventa (Victoria, Colombie-Britannique) et le Nouvel Ensemble Moderne (à  Shanghai). Marie-Pier Leduc
5 février 2012

Pour tout commentaire, écrivez-nous.