Martin Bédard à Akousma


Le compositeur Martin Bédard présentera 4 œuvres au Monument National, le jeudi 28 octobre prochain, dans le cadre d’Akousma, un festival de musiques électroacoustiques produit par l’organisme Réseaux des arts médiatiques. Le compositeur proposera au public un parcours chronologique retraçant dans les grandes lignes l’évolution de sa production des dix dernières années. On entendra dans l’ordre, Radium (2004), Topographie (2005), Champs de fouilles (2008) ainsi qu’une création (Push&Pull) commandée spécialement pour l’occasion par Réseaux.

Les œuvres de Martin Bédard se rapportent à une démarche résolument associée à la musique concrète. Depuis sa naissance à la fin des années 1940 en France, notamment à travers les travaux de Pierre Schaeffer, le genre a connu un itinéraire particulièrement présent dans les pays francophones. Le terme « musique concrète » fait référence au fait que le travail de création s’effectue directement sur le média lui-même (le son) et qu’éventuellement les œuvres y étant associées ne nécessitent pas la présence d’un intermédiaire comme la partition pour exister. Plus spécifiquement, la musique concrète fait référence aussi aux œuvres où la prise de son acoustique, et le traitement éventuel de ces sources sonores, prend une importance de premier plan. Cet aspect la distingue des musiques purement électroniques, ces dernières reposant plus spécifiquement sur la génération par synthèse de sons électroniques.

C’est donc à l’intérieur de cette tradition, qui a exercé une grande influence sur plusieurs générations de compositeurs électroacoustiques montréalais (Yves Daoust, Gilles Gobeil, Francis Dhomont, Marcelle Deschênes, Christian Bouchard pour n’en nommer que quelques-uns) que les œuvres de Martin Bédard se situent. Le compositeur tient aussi à souligner l’apport des musiques populaires à son travail. Pourtant, on constate rapidement à l’écoute de ses œuvres que cette influence ne génère pas de trace manifeste. Pour celui qui est à la recherche d’une rythmique empruntée à la « dance music » ou d’un travail sur la citation, la musique de Martin Bédard semble lui résister car elle tente d’amener l’auditeur vers d’autres horizons stylistiques. En fait, l’influence des musiques populaires chez Bédard doit être prise dans une perspective plus large, comme une envie de livrer et d’écouter la musique d’une manière immédiate.

Toujours au chapître des influences, on peut noter dans les œuvres récentes du compositeur une approche du sonore selon une perspective phonoculturelle. Le terme, inventé par le compositeur Alain Savouret, fait référence au fait d’aborder le son selon quatre éclairages différents : sa textualité, sa matérialité, sa contextualité et finalement son auralité. En résumé, la phonoculture consiste à concevoir le son de manière globale i.e. tant pour sa morphologie que pour son pouvoir de représentation du monde. Chez Savouret, le terme « phonoculture » est opposé à l’expression « culture de la note », le compositeur refusant ainsi la filiation qui rattache traditionnellement l’électroacoustique à une extension de la musique instrumentale. Savouret conçoit plutôt les musiques acousmatiques comme provenant du cinéma.

Parallèlement, même si Martin Bédard a effectué des études en musique instrumentale en début de parcours, il considère ses premières réelles influences musicales comme provenant des environnements sonores cinématographiques. Cette propriété double du son, cette capacité qu’a l’oreille d’écouter à la fois un son pour sa matérialité et son pouvoir d’évocation, le compositeur l’a retrouvée ensuite dans la musique de Gilles Gobeil. Des œuvres comme Radium (2004) et Topographie de la noirceur (2005) témoignent en quelque sorte de cette influence.

Avec Champs de fouilles (2008), le compositeur commence à s’éloigner d’une musique souvent appelée ici « cinéma pour l’oreille » pour faire évoluer sa pratique vers quelque chose de plus langagier. Même si l’œuvre laisse encore une grande place à la représentation, le compositeur y exerce un contrôle plus rigoureux sur la matière; un contrôle dont le moteur de développement est essentiellement de type paramétrique. Mais plutôt que de plaquer des structures préétablies ou d’imposer au matériau certains outils, Bédard demeure en premier lieu à l’écoute du matériau. Dans une optique encore une fois ancrée dans la tradition se rattachant aux musiques concrètes, la prise de son dicte elle-même les paramètres à développer et aussi quels outils doivent être privilégiés par rapport à d’autres.

Champs de fouilles, une commande de la société Erreur de type 27, a été réalisée dans le cadre des célébrations entourant le 400e anniversaire de la ville de Québec en 2008. Les célébrations à caractère historico-culturel associées à cette ville sont traditionnellement tournées vers son passé colonial (Champlain, Jacques Cartier, etc.). Le compositeur propose ici par contre un éclairage différent, plus personnel ou enfin certainement moins historico-folklorique, en prenant diverses prises de sons réalisées dans la ville et ses environs (oies blanches à Cap-Tourmente, gare de triage) comme matériau de base. Ces prises de sons sont ensuite traitées électroniquement et mises au profit d’une œuvre qui dépasse largement le contexte « historique » auquel elle est associée. D’ailleurs, Champs de fouilles a depuis été entendue plusieurs fois à l’étranger, primée à de nombreuses reprises (mention honorable au Prix Ton Bruynèl (Pays-Bas) 2010, Premier prix au International Electroacoustic Music Contest (2ième édition) – CEMVA – (Varginha – Minas Gerais, Brésil, 2008), distinction au Prix Ars Electronica 2010) et poursuit une existence qui maintenant lui est propre. L’œuvre a déjà fait l’objet de plus d’une vingtaine de diffusions à l’étranger.

Dans la foulée des diffusions dont a bénéficié cette œuvre, Martin Bédard a pu visiter différentes scènes électroacoustiques à l’étranger et constater que les préoccupations et tendances propres à chaque milieu se rejoignent. Ainsi la vidéomusique, le multimédia, le travail installatif ou enfin tout support visuel accompagnant la musique électronique occupe une place grandissante au sein de la communauté électroacoustique globale. Le compositeur fait remarquer que ces nouvelles pratiques se trouvent en quelque sorte à marginaliser ou plutôt à exercer une certaine pression sur la musique acousmatique traditionnelle et ses créateurs. Cela dit, même si Martin Bédard demeure ouvert à ces nouvelles pratiques, il préfère obéir aux impératifs provenant de l’intérieur, i.e. des œuvres, plutôt qu’à ceux imposés par ces nouvelles tendances.

C’est donc dans la poursuite de ce vecteur de mutations que sera créée le 28 octobre prochain la dernière production du compositeur : Push&Pull. Une œuvre d’une quinzaine de minutes qui constitue l’aboutissement d’une dizaine d’années de création. Une invitation à retracer l’itinéraire d’un créateur phare d’une tradition acousmatique typiquement montréalaise.

28 octobre, 20h, au Monument national, Studio Hydro-Québec, 1182, boul St-Laurent.

Ci-dessous, la présentation extensive du festival Akousma avec Nicolas Bernier.

Le compositeur Martin Bédard présentera 4 œuvres au Monument National, le jeudi 28 octobre prochain, dans le cadre d’Akousma, un festival de musiques électroacoustiques produit par l’organisme Réseaux des arts médiatiques. Le compositeur proposera au public un parcours chronologique retraçant dans les grandes lignes l’évolution de sa production des dix dernières années. On entendra dans l’ordre, Radium (2004), Topographie (2005), Champs de fouilles (2008) ainsi qu’une création (Push&Pull) commandée spécialement pour l’occasion par Réseaux.

Les œuvres de Martin Bédard se rapportent à une démarche résolument associée à la musique concrète. Depuis sa naissance à la fin des années 1940 en France, notamment à travers les travaux de Pierre Schaeffer, le genre a connu un itinéraire particulièrement présent dans les pays francophones. Le terme « musique concrète » fait référence au fait que le travail de création s’effectue directement sur le média lui-même (le son) et qu’éventuellement les œuvres y étant associées ne nécessitent pas la présence d’un intermédiaire comme la partition pour exister. Plus spécifiquement, la musique concrète fait référence aussi aux œuvres où la prise de son acoustique, et le traitement éventuel de ces sources sonores, prend une importance de premier plan. Cet aspect la distingue des musiques purement électroniques, ces dernières reposant plus spécifiquement sur la génération par synthèse de sons électroniques.

C’est donc à l’intérieur de cette tradition, qui a exercé une grande influence sur plusieurs générations de compositeurs électroacoustiques montréalais (Yves Daoust, Gilles Gobeil, Francis Dhomont, Marcelle Deschênes, Christian Bouchard pour n’en nommer que quelques-uns) que les œuvres de Martin Bédard se situent. Le compositeur tient aussi à souligner l’apport des musiques populaires à son travail. Pourtant, on constate rapidement à l’écoute de ses œuvres que cette influence ne génère pas de trace manifeste. Pour celui qui est à la recherche d’une rythmique empruntée à la « dance music » ou d’un travail sur la citation, la musique de Martin Bédard semble lui résister car elle tente d’amener l’auditeur vers d’autres horizons stylistiques. En fait, l’influence des musiques populaires chez Bédard doit être prise dans une perspective plus large, comme une envie de livrer et d’écouter la musique d’une manière immédiate.

Toujours au chapître des influences, on peut noter dans les œuvres récentes du compositeur une approche du sonore selon une perspective phonoculturelle. Le terme, inventé par le compositeur Alain Savouret, fait référence au fait d’aborder le son selon quatre éclairages différents : sa textualité, sa matérialité, sa contextualité et finalement son auralité. En résumé, la phonoculture consiste à concevoir le son de manière globale i.e. tant pour sa morphologie que pour son pouvoir de représentation du monde. Chez Savouret, le terme « phonoculture » est opposé à l’expression « culture de la note », le compositeur refusant ainsi la filiation qui rattache traditionnellement l’électroacoustique à une extension de la musique instrumentale. Savouret conçoit plutôt les musiques acousmatiques comme provenant du cinéma.

Parallèlement, même si Martin Bédard a effectué des études en musique instrumentale en début de parcours, il considère ses premières réelles influences musicales comme provenant des environnements sonores cinématographiques. Cette propriété double du son, cette capacité qu’a l’oreille d’écouter à la fois un son pour sa matérialité et son pouvoir d’évocation, le compositeur l’a retrouvée ensuite dans la musique de Gilles Gobeil. Des œuvres comme Radium (2004) et Topographie de la noirceur (2005) témoignent en quelque sorte de cette influence.

Avec Champs de fouilles (2008), le compositeur commence à s’éloigner d’une musique souvent appelée ici « cinéma pour l’oreille » pour faire évoluer sa pratique vers quelque chose de plus langagier. Même si l’œuvre laisse encore une grande place à la représentation, le compositeur y exerce un contrôle plus rigoureux sur la matière; un contrôle dont le moteur de développement est essentiellement de type paramétrique. Mais plutôt que de plaquer des structures préétablies ou d’imposer au matériau certains outils, Bédard demeure en premier lieu à l’écoute du matériau. Dans une optique encore une fois ancrée dans la tradition se rattachant aux musiques concrètes, la prise de son dicte elle-même les paramètres à développer et aussi quels outils doivent être privilégiés par rapport à d’autres.

Champs de fouilles, une commande de la société Erreur de type 27, a été réalisée dans le cadre des célébrations entourant le 400e anniversaire de la ville de Québec en 2008. Les célébrations à caractère historico-culturel associées à cette ville sont traditionnellement tournées vers son passé colonial (Champlain, Jacques Cartier, etc.). Le compositeur propose ici par contre un éclairage différent, plus personnel ou enfin certainement moins historico-folklorique, en prenant diverses prises de sons réalisées dans la ville et ses environs (oies blanches à Cap-Tourmente, gare de triage) comme matériau de base. Ces prises de sons sont ensuite traitées électroniquement et mises au profit d’une œuvre qui dépasse largement le contexte « historique » auquel elle est associée. D’ailleurs, Champs de fouilles a depuis été entendue plusieurs fois à l’étranger, primée à de nombreuses reprises (mention honorable au Prix Ton Bruynèl (Pays-Bas) 2010, Premier prix au International Electroacoustic Music Contest (2ième édition) – CEMVA – (Varginha – Minas Gerais, Brésil, 2008), distinction au Prix Ars Electronica 2010) et poursuit une existence qui maintenant lui est propre. L’œuvre a déjà fait l’objet de plus d’une vingtaine de diffusions à l’étranger.

Dans la foulée des diffusions dont a bénéficié cette œuvre, Martin Bédard a pu visiter différentes scènes électroacoustiques à l’étranger et constater que les préoccupations et tendances propres à chaque milieu se rejoignent. Ainsi la vidéomusique, le multimédia, le travail installatif ou enfin tout support visuel accompagnant la musique électronique occupe une place grandissante au sein de la communauté électroacoustique globale. Le compositeur fait remarquer que ces nouvelles pratiques se trouvent en quelque sorte à marginaliser ou plutôt à exercer une certaine pression sur la musique acousmatique traditionnelle et ses créateurs. Cela dit, même si Martin Bédard demeure ouvert à ces nouvelles pratiques, il préfère obéir aux impératifs provenant de l’intérieur, i.e. des œuvres, plutôt qu’à ceux imposés par ces nouvelles tendances.

C’est donc dans la poursuite de ce vecteur de mutations que sera créée le 28 octobre prochain la dernière production du compositeur : Push&Pull. Une œuvre d’une quinzaine de minutes qui constitue l’aboutissement d’une dizaine d’années de création. Une invitation à retracer l’itinéraire d’un créateur phare d’une tradition acousmatique typiquement montréalaise.

28 octobre, 20h, au Monument national, Studio Hydro-Québec, 1182, boul St-Laurent.

Ci-dessous, la présentation extensive du festival Akousma avec Nicolas Bernier.

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