Des nouvelles de la fabrique à Totems

Entre deux séjours à Tokyo et à Paris, Jean-François Laporte fait escale à Montréal pour nous présenter Mon corps jamais ne s’arrêtera de danser, une nouvelle version d’un spectacle créé à l’automne 2009 à l’Espace Totem. Depuis 2004, l’Espace Totem est ce lieu, aménagé dans une section de bâtiment d’usine désaffectée du quartier Mile-End à Montréal, où Laporte développe plusieurs de ses instruments et de ses œuvres en plus d’y présenter des concerts. Souvent associé à ses seuls instruments inventés, Laporte possède pourtant un important catalogue d’œuvres écrites pour des instruments traditionnels. Ceci expliquant peut-être cela, ces œuvres sont malheureusement rarement présentées en concert. Peut-être est-ce aussi en raison des considérations que requiert sa musique, notamment sur le plan de l’acoustique de la salle et de ses bruits ambiants. J’ai le souvenir, anecdotique, d’une interprétation en solo que Laporte a interrompue pour demander que la ventilation de la salle soit arrêtée. Après quelques minutes d’attente inconfortable, on dut se résigner à entendre l’œuvre… et la ventilation ! Ainsi, des pièces comme Confidence pour violon solo amplifié et Le Chant de l’inaudible pour quatuor de saxophones intègrent des bruits qui sont habituellement considérés indésirables et qui, néanmoins, sont inhérents au jeu des instruments, tels que les grincements d’anches et d’archets. Ces bruits libèrent des harmoniques inouïes, séduisantes pour qui veut prêter l’oreille. À travers toutes les ramifications de la production de Laporte, on retrouve aisément cette attitude qui le caractérise, celle de l’écoute active du son, dont les qualités intrinsèques – elles-mêmes tributaires des qualités intrinsèques de l’instrument employé – deviennent la prémisse de toute élaboration. De ce fait, l’empirisme court-circuite littéralement l’a priori de la tradition. L’état d’esprit qu’il cultive, à travers une imagination et un savoir-faire qui se fécondent tour à tour, lui permet d’accéder spontanément à un monde sonore que l’écriture, souvent prise au piège de l’autoréférence à ses symboles, peine à conceptualiser. Des instruments à faire tournoyer dans l’espace, une simple feuille de métal format géant de laquelle tirer une palette de sons insoupçonnée… une idée géniale est bien celle qui nous fait dire, une fois qu’on l’a sous les yeux : « eh bien ça, c’est évident ! » Dans le but de développer et de diffuser sa production, Laporte fonde l’organisme Productions Totem contemporain en 1995. En 2008, l’organisme étend le champ de ses explorations par le biais de trois nouvelles séries de concerts : Totem Danse, Totems électriques et Totem Installations. En effet, depuis quelques années, Laporte travaille à la robotisation de ses instruments inventés, ce qui lui permet d’en contrôler plusieurs à la fois ou, mieux encore, de ne pas avoir à être présent lors de la représentation ! C’est le principe même de l’installation sonore, un créneau que Laporte investit pas à pas, en continuité avec sa démarche et préservant ainsi son originalité. Il surmonte, du même coup, une difficulté dans la diffusion de son art au niveau international. La plus récente de ces installations, Khrônos, sera présentée dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques (MNM). En partie aléatoires, les opérations qu’effectue l’ordinateur dans le contrôle de cette installation sont en quelques sortes déduites du principe même de l’instrument : une membrane vibrante fait rebondir une bille ; la hauteur du bond étant fonction du mouvement de tension ou de détente de la membrane au moment où la bille la percute, le rythme engendré se module de façon organique. Comme toutes les inventions de Laporte, Khrônos synthétise habilement les éléments fondamentaux que sont la variation et la constance. L’aspect visuel est intégré avec la même simplicité : le mouvement de la membrane et de la bille est capté par une caméra et l’image, retransmise en temps réel, est également traitée par l’ordinateur. En parallèle, Laporte forme des interprètes au jeu de ses instruments, notamment Marie-Chantal Leclair et Jean-Marc Bouchard de l’ensemble Quasar. À l’inverse, il invite aussi des compositeurs (plus d’une dizaine jusqu’à maintenant) à créer des œuvres pour instrument inventé solo avec électronique – d’où le nom de la série : Totems électriques. Le spectacle Mon corps jamais ne s’arrêtera de danser s’inscrit, bien sûr, dans la série Totem Danse. Jusqu’ici, les spectacles de cette série se sont élaborés en collaboration avec un seul danseur/chorégraphe – dans ce cas-ci, Barbara Sarreau. Le format de présentation que Laporte maîtrisait déjà , celui de l’œuvre-événement, se conjugue naturellement à celui de la danse. Le découpage formel de ce spectacle se réalise par la succession d’arches tension/détente d’intensité croissante. Cette forme se voit rythmée, au propre et au figuré, par le mouvement du corps qui percute parfois le sol ou la table de métal qui se trouve sur scène. L’éclairage contribue discrètement, efficacement, au soutien du discours. L’économie des moyens techniques demeure cohérente avec la simplicité des instruments de Laporte et des formes qu’ils génèrent, cependant que le détail de la chorégraphie trouve son équivalence dans la richesse acoustique déployée. Mon corps jamais ne s’arrêtera de danser 
Samedi 19 février 2011
 20h00 ET Dimanche 20 février 2011
 16h00 – Agora de la danse, Montréal, Québec
 http://www.festivalmnm.ca/fr/2011/prog/concert/28141/ Khrônos 
18 février au 26 février 2011
 Salle d’exposition – Place des Arts http://www.smcq.qc.ca/mnm/fr/2011/prog/installation/28227/

Entre deux séjours à Tokyo et à Paris, Jean-François Laporte fait escale à Montréal pour nous présenter Mon corps jamais ne s’arrêtera de danser, une nouvelle version d’un spectacle créé à l’automne 2009 à l’Espace Totem. Depuis 2004, l’Espace Totem est ce lieu, aménagé dans une section de bâtiment d’usine désaffectée du quartier Mile-End à Montréal, où Laporte développe plusieurs de ses instruments et de ses œuvres en plus d’y présenter des concerts. Souvent associé à ses seuls instruments inventés, Laporte possède pourtant un important catalogue d’œuvres écrites pour des instruments traditionnels. Ceci expliquant peut-être cela, ces œuvres sont malheureusement rarement présentées en concert. Peut-être est-ce aussi en raison des considérations que requiert sa musique, notamment sur le plan de l’acoustique de la salle et de ses bruits ambiants. J’ai le souvenir, anecdotique, d’une interprétation en solo que Laporte a interrompue pour demander que la ventilation de la salle soit arrêtée. Après quelques minutes d’attente inconfortable, on dut se résigner à entendre l’œuvre… et la ventilation ! Ainsi, des pièces comme Confidence pour violon solo amplifié et Le Chant de l’inaudible pour quatuor de saxophones intègrent des bruits qui sont habituellement considérés indésirables et qui, néanmoins, sont inhérents au jeu des instruments, tels que les grincements d’anches et d’archets. Ces bruits libèrent des harmoniques inouïes, séduisantes pour qui veut prêter l’oreille. À travers toutes les ramifications de la production de Laporte, on retrouve aisément cette attitude qui le caractérise, celle de l’écoute active du son, dont les qualités intrinsèques – elles-mêmes tributaires des qualités intrinsèques de l’instrument employé – deviennent la prémisse de toute élaboration. De ce fait, l’empirisme court-circuite littéralement l’a priori de la tradition. L’état d’esprit qu’il cultive, à travers une imagination et un savoir-faire qui se fécondent tour à tour, lui permet d’accéder spontanément à un monde sonore que l’écriture, souvent prise au piège de l’autoréférence à ses symboles, peine à conceptualiser. Des instruments à faire tournoyer dans l’espace, une simple feuille de métal format géant de laquelle tirer une palette de sons insoupçonnée… une idée géniale est bien celle qui nous fait dire, une fois qu’on l’a sous les yeux : « eh bien ça, c’est évident ! » Dans le but de développer et de diffuser sa production, Laporte fonde l’organisme Productions Totem contemporain en 1995. En 2008, l’organisme étend le champ de ses explorations par le biais de trois nouvelles séries de concerts : Totem Danse, Totems électriques et Totem Installations. En effet, depuis quelques années, Laporte travaille à la robotisation de ses instruments inventés, ce qui lui permet d’en contrôler plusieurs à la fois ou, mieux encore, de ne pas avoir à être présent lors de la représentation ! C’est le principe même de l’installation sonore, un créneau que Laporte investit pas à pas, en continuité avec sa démarche et préservant ainsi son originalité. Il surmonte, du même coup, une difficulté dans la diffusion de son art au niveau international. La plus récente de ces installations, Khrônos, sera présentée dans le cadre du festival Montréal/Nouvelles Musiques (MNM). En partie aléatoires, les opérations qu’effectue l’ordinateur dans le contrôle de cette installation sont en quelques sortes déduites du principe même de l’instrument : une membrane vibrante fait rebondir une bille ; la hauteur du bond étant fonction du mouvement de tension ou de détente de la membrane au moment où la bille la percute, le rythme engendré se module de façon organique. Comme toutes les inventions de Laporte, Khrônos synthétise habilement les éléments fondamentaux que sont la variation et la constance. L’aspect visuel est intégré avec la même simplicité : le mouvement de la membrane et de la bille est capté par une caméra et l’image, retransmise en temps réel, est également traitée par l’ordinateur. En parallèle, Laporte forme des interprètes au jeu de ses instruments, notamment Marie-Chantal Leclair et Jean-Marc Bouchard de l’ensemble Quasar. À l’inverse, il invite aussi des compositeurs (plus d’une dizaine jusqu’à maintenant) à créer des œuvres pour instrument inventé solo avec électronique – d’où le nom de la série : Totems électriques. Le spectacle Mon corps jamais ne s’arrêtera de danser s’inscrit, bien sûr, dans la série Totem Danse. Jusqu’ici, les spectacles de cette série se sont élaborés en collaboration avec un seul danseur/chorégraphe – dans ce cas-ci, Barbara Sarreau. Le format de présentation que Laporte maîtrisait déjà , celui de l’œuvre-événement, se conjugue naturellement à celui de la danse. Le découpage formel de ce spectacle se réalise par la succession d’arches tension/détente d’intensité croissante. Cette forme se voit rythmée, au propre et au figuré, par le mouvement du corps qui percute parfois le sol ou la table de métal qui se trouve sur scène. L’éclairage contribue discrètement, efficacement, au soutien du discours. L’économie des moyens techniques demeure cohérente avec la simplicité des instruments de Laporte et des formes qu’ils génèrent, cependant que le détail de la chorégraphie trouve son équivalence dans la richesse acoustique déployée. Mon corps jamais ne s’arrêtera de danser 
Samedi 19 février 2011
 20h00 ET Dimanche 20 février 2011
 16h00 – Agora de la danse, Montréal, Québec
 http://www.festivalmnm.ca/fr/2011/prog/concert/28141/ Khrônos 
18 février au 26 février 2011
 Salle d’exposition – Place des Arts http://www.smcq.qc.ca/mnm/fr/2011/prog/installation/28227/

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