Le lieu du sonore

Le groupe de recherche ARC_PHONO dirigé par Mario Côté, artiste et professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, a eu pour mandat depuis 2005 de réaliser des archives sonores de lieux intérieurs caractéristiques de notre société nord-américaine. Alors que les archives photographiques ou textuelles font partie de notre patrimoine, qu’en est-il de notre mémoire sonore collective de lieux publics voués à disparaître ? C’est dans le sillage de cette interrogation que l’équipe d’ARC_PHONO a réalisé ce colloque international qui s’est tenu à l’Agora Hydro-Québec à Montréal et qui marque la fin des huit années de travail du groupe de recherche.

Loin de questionner simplement les archives sonores de ARC_PHONO, le colloque, auquel étaient combinés une exposition et un concert, a plus globalement interrogé le rapport entre le sonore et le visuel. Entre le voir et l’entendre existe-t-il une relation de concordance ou de disjonction? Est-ce qu’entendre implique nécessairement un voir ? Et si voir nous empêchait d’entendre ? Ces questions étaient posées indirectement par les intervenants dans chacune des présentations regroupées selon quatre thèmes : Invisibilité de l’audible, Archives de la voix, Chambres d’écoute et Projet radio et cartographie urbaine.

Nous (auditeurs/spectateurs) avons été conviés dès le départ, avant même que les premiers mots ne soient prononcés, à une mise en scène interrogeant l’idée même de colloque. Combien de fois, en effet, suis-je allée à des colloques et, plutôt que d’écouter d’abord les propos tenus par les conférenciers, je me suis surprise à porter davantage attention aux bruits dans la salle, au ton monocorde de l’orateur, aux gestes d’impatience et d’ennui des spectateurs. Combien de fois suis-je allée écouter sans entendre et voir sans écouter ? Ici, la forme de ce « colloque » nous plaçait d’emblée dans un lieu où les conditions d’écoute étaient au premier plan. Les intervenants habitaient une scène au milieu de la salle qui simulait l’espace du studio de radio et l’enregistrement d’une émission en direct, avec un indicatif musical inspiré du clavier d’études du carillon de l’Oratoire Saint-Joseph tiré d’archives sonores et superposé au piano préparé de John Cage. Les auditeurs-spectateurs étaient assis dans le noir autour de cet espace radiophonique qui, lui, se trouvait sous les projecteurs typiques aux arts de la scène. À la fois lieu théâtral et espace sonore, la scène était donc habitée par des intervenants devenus acteurs, qui n’avaient pour seul instrument que leur voix. L’animateur et ses invités se devaient de faire passer leur présence à travers le microphone et conviaient l’auditeur à un rien à voir, à un tout à entendre.

Chaque intervenant ou conférencier était jumelé à un artiste qui avait eu comme consigne de faire une œuvre ou une performance sonores en s’inspirant des archives de ARC_PHONO, des sons, des mélodies, des bruits mêmes se mêlaient ainsi à la parole du conférencier. Il ne s’agissait plus seulement de porter attention aux mots, mais aussi au ton de la voix, à la musicalité de la phrase, au rythme, au silence, à la respiration de l’orateur. La parole devenait partie intégrante du paysage sonore qui nous était donné à entendre. Et dans ce paysage où les mots devenaient des sons, étrangement, on cherchait à retrouver le lieu du sonore. On y reconnaissait un visage, un environnement particulier, et puis parfois il n’y avait rien à reconnaître, seulement une scène pour l’écoute, où les figures et le fond s’entremêlent, s’entrechoquent. À cet égard, la vidéo de Mario Côté, présentée dans le cadre du concert qui concluait le colloque, mettait en perspective cette interrelation entre le visible et l’audible en donnant un cadre d’attention visuel pour écouter la pièce d’Hildegard Westerkamp, Beneath The Forest Floor (1992), figure emblématique de compositions électroacoustiques inspirées de paysages sonores.

Il sera intéressant de suivre la trace de ce « colloque-radio » dont le dispositif inusité a su ouvrir sur de nouvelles avenues de communication et de compréhension entre le son et l’image, le lieu, l’archivage, la voix et la parole. Pour de plus amples informations sur le colloque d’ARC_PHONO, on peut visiter le site internet du groupe de recherche, où il est possible aussi d’entendre des extraits des archives sonores : www.arc-phono.ca.

Guylaine Chevarie-Lessard

Le groupe de recherche ARC_PHONO dirigé par Mario Côté, artiste et professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM, a eu pour mandat depuis 2005 de réaliser des archives sonores de lieux intérieurs caractéristiques de notre société nord-américaine. Alors que les archives photographiques ou textuelles font partie de notre patrimoine, qu’en est-il de notre mémoire sonore collective de lieux publics voués à disparaître ? C’est dans le sillage de cette interrogation que l’équipe d’ARC_PHONO a réalisé ce colloque international qui s’est tenu à l’Agora Hydro-Québec à Montréal et qui marque la fin des huit années de travail du groupe de recherche.

Loin de questionner simplement les archives sonores de ARC_PHONO, le colloque, auquel étaient combinés une exposition et un concert, a plus globalement interrogé le rapport entre le sonore et le visuel. Entre le voir et l’entendre existe-t-il une relation de concordance ou de disjonction? Est-ce qu’entendre implique nécessairement un voir ? Et si voir nous empêchait d’entendre ? Ces questions étaient posées indirectement par les intervenants dans chacune des présentations regroupées selon quatre thèmes : Invisibilité de l’audible, Archives de la voix, Chambres d’écoute et Projet radio et cartographie urbaine.

Nous (auditeurs/spectateurs) avons été conviés dès le départ, avant même que les premiers mots ne soient prononcés, à une mise en scène interrogeant l’idée même de colloque. Combien de fois, en effet, suis-je allée à des colloques et, plutôt que d’écouter d’abord les propos tenus par les conférenciers, je me suis surprise à porter davantage attention aux bruits dans la salle, au ton monocorde de l’orateur, aux gestes d’impatience et d’ennui des spectateurs. Combien de fois suis-je allée écouter sans entendre et voir sans écouter ? Ici, la forme de ce « colloque » nous plaçait d’emblée dans un lieu où les conditions d’écoute étaient au premier plan. Les intervenants habitaient une scène au milieu de la salle qui simulait l’espace du studio de radio et l’enregistrement d’une émission en direct, avec un indicatif musical inspiré du clavier d’études du carillon de l’Oratoire Saint-Joseph tiré d’archives sonores et superposé au piano préparé de John Cage. Les auditeurs-spectateurs étaient assis dans le noir autour de cet espace radiophonique qui, lui, se trouvait sous les projecteurs typiques aux arts de la scène. À la fois lieu théâtral et espace sonore, la scène était donc habitée par des intervenants devenus acteurs, qui n’avaient pour seul instrument que leur voix. L’animateur et ses invités se devaient de faire passer leur présence à travers le microphone et conviaient l’auditeur à un rien à voir, à un tout à entendre.

Chaque intervenant ou conférencier était jumelé à un artiste qui avait eu comme consigne de faire une œuvre ou une performance sonores en s’inspirant des archives de ARC_PHONO, des sons, des mélodies, des bruits mêmes se mêlaient ainsi à la parole du conférencier. Il ne s’agissait plus seulement de porter attention aux mots, mais aussi au ton de la voix, à la musicalité de la phrase, au rythme, au silence, à la respiration de l’orateur. La parole devenait partie intégrante du paysage sonore qui nous était donné à entendre. Et dans ce paysage où les mots devenaient des sons, étrangement, on cherchait à retrouver le lieu du sonore. On y reconnaissait un visage, un environnement particulier, et puis parfois il n’y avait rien à reconnaître, seulement une scène pour l’écoute, où les figures et le fond s’entremêlent, s’entrechoquent. À cet égard, la vidéo de Mario Côté, présentée dans le cadre du concert qui concluait le colloque, mettait en perspective cette interrelation entre le visible et l’audible en donnant un cadre d’attention visuel pour écouter la pièce d’Hildegard Westerkamp, Beneath The Forest Floor (1992), figure emblématique de compositions électroacoustiques inspirées de paysages sonores.

Il sera intéressant de suivre la trace de ce « colloque-radio » dont le dispositif inusité a su ouvrir sur de nouvelles avenues de communication et de compréhension entre le son et l’image, le lieu, l’archivage, la voix et la parole. Pour de plus amples informations sur le colloque d’ARC_PHONO, on peut visiter le site internet du groupe de recherche, où il est possible aussi d’entendre des extraits des archives sonores : www.arc-phono.ca.

Guylaine Chevarie-Lessard

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