Éric Champagne – Là où souffle Le Noroît : Images de vent

Pour fêter les 40 ans des Éditions du Noroît, les jubilaires ont commandé au compositeur Éric Champagne un oratorio de chambre dont le texte reflète les souffles de quarante poètes et poétesses ayant vu leurs mots imprimés et diffusés dans les pages des publications de la maison au fil des ans. Les textes ont été sélectionnés par Paul Bélanger, qui signe l’organisation du livret de l’œuvre, intitulée Là  où souffle Le Noroît. Du vent du nord sont ainsi parvenus des rythmes, des voix et des styles tous très personnels, transmis avec un souffle constant par la musique de Champagne, selon une unité du discours qui ne nie cependant pas aux poètes leur unicité.

L’œuvre pour mezzo-soprano, ténor, clarinette, violon, violoncelle et piano se divise en huit mouvements structurés en libre forme d’arche, c’est-à -dire que certains mouvements sont conçus pour se faire écho. Le second et le septième, par exemple, sont le miroir l’un de l’autre : un mouvement tragique implique la voix d’homme aigü, le violon et le piano, auquel font écho plus tard le mezzo-soprano, la corde grave et le piano. Le jeu des contrastes est intéressant ici, alors que le côté plus sombre est donné aux timbres plutôt clairs en second mouvement, tandis que le septième est plus tendre et fluide, notamment grâce à  ses contre-chants voix-violoncelle.

Au sensuel duo du troisième mouvement entre la voix de femme grave et la clarinette – soutenus en résonance par les cordes – répond un cinquième mouvement bref et léger, frais comme un bonbon, que se partagent le ténor et le piano, les deux mouvements encadrant un dense tutti.

Dans le sixième mouvement, les genres s’opposent plus qu’ils ne se mélangent. En effet, le ténor prend à  son compte les textes d’auteurs masculins, alors que le mezzo chante la voix des poètes féminines. Champagne en fait deux mondes musicaux qui se juxtaposent puis se superposent, à  la manière d’un motet. En entrevue, le compositeur admet que le sens du texte devient alors plus difficile à  comprendre pour l’auditeur. Cependant, il capte dans ce mouvement une des facettes les plus artistiques de la poésie, soit la musicalité des syllabes et le phrasé propre à  chaque vers. Ces aspects du texte sont ici mis de l’avant avec une touchante profondeur.

Là  où souffle Le Noroît garde le début pour la fin. À l’ouverture tout en lumière du premier mouvement (tutti), répond en dernier lieu un mouvement final très aérien et éthéré. Un bref motif de trois notes – mouvement conjoint et intervalle large -, déjà  entendu au premier mouvement et développé au quatrième, y est repris en canon. Que ces quarante ans de travail pour faire entendre les voix des poètes d’ici aient été l’occasion d’autant de découvertes et que, comme le vent du nord, Le Noroît puisse contribuer de son souffle au rayonnement de l’art québécois : voilà  en fin de compte ce que ce discours musical nous chante.

Selon le compositeur, le plus grand défi de cette œuvre résidait au départ dans le travail sur la prosodie. Lui qui choisit souvent de mettre en musique des textes à  la voix unique et forte – Grandbois, Saint-Denys Garneau, Strindberg, Verlaine, Wilde -, s’est retrouvé devant la multitude et les puissances de quarante voix poétiques, chacune très individuelle. Cette sortie hors de la zone de confort de Champagne donne un résultat beau, touchant, transportant. Pour la suite des choses, on pourrait même se surprendre à  encore lui souhaiter l’inconfort!

Éric Champagne – Là  où souffle Le Noroît
Claudine Ledoux, mezzo-soprano; Marc Duguay, ténor; Marie Picard, clarinette; Benoît Cormier, violon; Nathalie Giguère, violoncelle; Nathalie Tremblay, piano
Lundi 10 octobre 2011, 19 h3 0
Chapelle du Musée de l’Amérique française, Québec
Mardi 11 octobre 2011, 20 h
Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal
Précédé d’une lecture du poème Oratorio pour un prophète de Michel Beaulieu, avec Guy Cloutier, Marie-Ginette Guay et Gilles Pellerin.

Pour fêter les 40 ans des Éditions du Noroît, les jubilaires ont commandé au compositeur Éric Champagne un oratorio de chambre dont le texte reflète les souffles de quarante poètes et poétesses ayant vu leurs mots imprimés et diffusés dans les pages des publications de la maison au fil des ans. Les textes ont été sélectionnés par Paul Bélanger, qui signe l’organisation du livret de l’œuvre, intitulée Là  où souffle Le Noroît. Du vent du nord sont ainsi parvenus des rythmes, des voix et des styles tous très personnels, transmis avec un souffle constant par la musique de Champagne, selon une unité du discours qui ne nie cependant pas aux poètes leur unicité.

L’œuvre pour mezzo-soprano, ténor, clarinette, violon, violoncelle et piano se divise en huit mouvements structurés en libre forme d’arche, c’est-à -dire que certains mouvements sont conçus pour se faire écho. Le second et le septième, par exemple, sont le miroir l’un de l’autre : un mouvement tragique implique la voix d’homme aigü, le violon et le piano, auquel font écho plus tard le mezzo-soprano, la corde grave et le piano. Le jeu des contrastes est intéressant ici, alors que le côté plus sombre est donné aux timbres plutôt clairs en second mouvement, tandis que le septième est plus tendre et fluide, notamment grâce à  ses contre-chants voix-violoncelle.

Au sensuel duo du troisième mouvement entre la voix de femme grave et la clarinette – soutenus en résonance par les cordes – répond un cinquième mouvement bref et léger, frais comme un bonbon, que se partagent le ténor et le piano, les deux mouvements encadrant un dense tutti.

Dans le sixième mouvement, les genres s’opposent plus qu’ils ne se mélangent. En effet, le ténor prend à  son compte les textes d’auteurs masculins, alors que le mezzo chante la voix des poètes féminines. Champagne en fait deux mondes musicaux qui se juxtaposent puis se superposent, à  la manière d’un motet. En entrevue, le compositeur admet que le sens du texte devient alors plus difficile à  comprendre pour l’auditeur. Cependant, il capte dans ce mouvement une des facettes les plus artistiques de la poésie, soit la musicalité des syllabes et le phrasé propre à  chaque vers. Ces aspects du texte sont ici mis de l’avant avec une touchante profondeur.

Là  où souffle Le Noroît garde le début pour la fin. À l’ouverture tout en lumière du premier mouvement (tutti), répond en dernier lieu un mouvement final très aérien et éthéré. Un bref motif de trois notes – mouvement conjoint et intervalle large -, déjà  entendu au premier mouvement et développé au quatrième, y est repris en canon. Que ces quarante ans de travail pour faire entendre les voix des poètes d’ici aient été l’occasion d’autant de découvertes et que, comme le vent du nord, Le Noroît puisse contribuer de son souffle au rayonnement de l’art québécois : voilà  en fin de compte ce que ce discours musical nous chante.

Selon le compositeur, le plus grand défi de cette œuvre résidait au départ dans le travail sur la prosodie. Lui qui choisit souvent de mettre en musique des textes à  la voix unique et forte – Grandbois, Saint-Denys Garneau, Strindberg, Verlaine, Wilde -, s’est retrouvé devant la multitude et les puissances de quarante voix poétiques, chacune très individuelle. Cette sortie hors de la zone de confort de Champagne donne un résultat beau, touchant, transportant. Pour la suite des choses, on pourrait même se surprendre à  encore lui souhaiter l’inconfort!

Éric Champagne – Là  où souffle Le Noroît
Claudine Ledoux, mezzo-soprano; Marc Duguay, ténor; Marie Picard, clarinette; Benoît Cormier, violon; Nathalie Giguère, violoncelle; Nathalie Tremblay, piano
Lundi 10 octobre 2011, 19 h3 0
Chapelle du Musée de l’Amérique française, Québec
Mardi 11 octobre 2011, 20 h
Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal
Précédé d’une lecture du poème Oratorio pour un prophète de Michel Beaulieu, avec Guy Cloutier, Marie-Ginette Guay et Gilles Pellerin.

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