En marge de la création de (RE)volution de Andrew Staniland… …La double vie de Tim Brady

Monter sur scène et jouer de la guitare électrique se fait mille fois par jour, sur la planète;  il n’y a rien de remarquable à poser ce geste. Monter sur scène et jouer de la guitare électrique avec un orchestre, ça arrive un peu moins souvent. Monter sur scène et interpréter un concerto pour guitare électrique et orchestre « en création », ça arrive plutôt rarement, pas plus de deux à trois fois par année, dans le monde…

Le projet de concerto qu’Andrew Staniland a écrit à la demande de l’ECM+ se démarque par sa vision artistique audacieuse et son esprit innovateur.  On attend rien de moins de Mme Lacroix et de son équipe, mon rôle dans tout ce processus restant celui d’interpréter le concerto d’Andrew, à la guitare (électrique, bien sûr). Mais l’évolution de cette pièce justement appelée (RE)volution me met face à ma « double vie » de compositeur et d’interprète, une vie artistique riche en échanges, en défis mais qui comporte aussi son lot de dilemmes intérieurs face au temps et aux différents angles des deux carrières. Comment résoudre ces problèmes ?

Le compositeur veut composer la musique qu’il entend dans sa tête, un point c’est tout. Avec l’expérience, il comprend que les interprètes ne sont pas des machines à jouer des notes (des « ordinateurs humains ») et n’hésite pas à faire des ajustements. Mais la priorité reste toujours l’idée musicale.  Lorsqu’on est interprète, on aime faire de la musique et faire face aux défis, mais nos limites restent humaines… Le manque de temps, le manque d’énergie, la paresse, parfois, sans oublier le stress de la vie, toutes ces contraintes nous obligent à essayer continuellement de trouver un équilibre à travers tout ça.

Quand je joue ma propre musique, la ligne entre compositeur et interprète reste assez claire dans ma tête mais je me laisse une certaine souplesse. C’est ma musique après tout et je peux la changer comme et quand je veux. Si, lors d’une pratique, je découvre un doigté différent qui facilite un passage et que ceci change deux ou trois notes de passages que j’ai proposées dans la partition en tant que compositeur,  je peux facilement vivre le dilemme intérieur – changer ou ne pas changer ces notes – et résoudre le problème à ma manière. Puis, je peux éventuellement revoir le passage et modifier à nouveau ma proposition.  Il m’est même arrivé de changer des passages un ou deux jours avant la création et même parfois seulement quelques minutes avant de monter sur scène ! (Cette approche n’est pas particulièrement étonnante si on considère le fait que 100% des guitaristes électriques viennent de la tradition des musiciens autodidactes et des improvisateurs et que l’idée d’une musique malléable et adaptable au besoin fait partie de cette culture fondamentale qui guide le guitariste, tout le long de son apprentissage.)

Jouer la pièce d’Andrew m’impose toutefois une approche totalement différente de cette pratique que j’adopte habituellement. Il faut que je joue sa musique, exactement comme il l’a imaginée.  Le vrai défi n’est pas particulièrement technique (même si la pièce reste relativement exigeante) mais plutôt d’ordre psychologique : comment interpréter la musique d’un autre compositeur, comme si c’était la nôtre…?  Car une fois sur scène, le soliste doit avoir intégré la pièce comme si c’était la sienne, pour en livrer toute la force.

Il faut dire que le travail a ici été facilité par le fait qu’Andrew est lui-même un excellent guitariste. Par conséquent, la pièce est très bien écrite pour mon instrument et je n’ai pas à livrer bataille avec celui-ci (ni avec le compositeur, d’ailleurs) pour arriver à une pièce qui atteint bien ses objectifs. C’est un excellent point de départ. Mais lors de mes séances de travail, je dois avancer sur plusieurs niveaux.  D’abord, apprendre les notes bien sûr, mais ensuite, trouver la logique, la beauté et l’expression de chaque phrase afin de rendre une vision complète de la pièce qui dépasse l’interprétation de ces simples notes.

Il y a également une autre étape à franchir : celle de faire la comparaison technique et philosophique entre la musique d’Andrew et la mienne.  Ce n’est pas une question de trouver qui est le “meilleur” compositeur – une telle question ne se pose pas vraiment – mais il faut que je comprenne comment Andrew aborde les questions fondamentales compositionnelles (forme, ligne, couleur, pour ne citer que trois aspects) et ce, en parallèle avec ma propre musique.  En fait, si, lorsque je joue la musique des autres, je ne peux pas ignorer le compositeur en moi, il me faut tout de même trouver des “accommodements raisonnables” et une façon de comprendre puis d’accepter cet autre langage, qu’il soit en accord ou en contraste avec le mien.  Je dois y croire complètement et éviter de dire “j’aurais fait ce passage autrement” puisque ce n’est pas ma musique et que la pièce d’Andrew composée par Tim serait évidemment une pièce totalement différente. La pièce est donc LA pièce.

De plus, je dois admettre que jouer la musique des autres me permet d’apprendre beaucoup, tant comme musicien que comme compositeur. Des détails techniques parfois mais avant tout, le côté humain.  L’expérience de jouer des notes créées par un autre être humain ?  De se mettre à sa place ?  De parler pour lui ?  C’est tout à la fois un défi, un privilège, un plaisir et une expérience très enrichissante !

En réalité, ce projet ne m’a toutefois posé aucune difficulté à ce niveau. En tant que guitaristes électriques tous les deux, Andrew et moi avons été marqués par les mêmes solistes (McLaughlin, Scofield, Frisell, des “shredders”, The Beatles, SRV, Clapton, une liste bien connue…) et nous avons pratiqué tant la musique jazz/rock/improvisée que celle écrite. Nous partageons donc un large bassin d’expériences communes qui a facilité notre communication me permettant de me retrouver assez facilement dans son langage musical – ce qui n’est pas le cas de tous les projets… En plus du plaisir à jouer et à écouter cette nouvelle pièce, que demander de mieux !

Monter sur scène et jouer de la guitare électrique se fait mille fois par jour, sur la planète;  il n’y a rien de remarquable à poser ce geste. Monter sur scène et jouer de la guitare électrique avec un orchestre, ça arrive un peu moins souvent. Monter sur scène et interpréter un concerto pour guitare électrique et orchestre « en création », ça arrive plutôt rarement, pas plus de deux à trois fois par année, dans le monde…

Le projet de concerto qu’Andrew Staniland a écrit à la demande de l’ECM+ se démarque par sa vision artistique audacieuse et son esprit innovateur.  On attend rien de moins de Mme Lacroix et de son équipe, mon rôle dans tout ce processus restant celui d’interpréter le concerto d’Andrew, à la guitare (électrique, bien sûr). Mais l’évolution de cette pièce justement appelée (RE)volution me met face à ma « double vie » de compositeur et d’interprète, une vie artistique riche en échanges, en défis mais qui comporte aussi son lot de dilemmes intérieurs face au temps et aux différents angles des deux carrières. Comment résoudre ces problèmes ?

Le compositeur veut composer la musique qu’il entend dans sa tête, un point c’est tout. Avec l’expérience, il comprend que les interprètes ne sont pas des machines à jouer des notes (des « ordinateurs humains ») et n’hésite pas à faire des ajustements. Mais la priorité reste toujours l’idée musicale.  Lorsqu’on est interprète, on aime faire de la musique et faire face aux défis, mais nos limites restent humaines… Le manque de temps, le manque d’énergie, la paresse, parfois, sans oublier le stress de la vie, toutes ces contraintes nous obligent à essayer continuellement de trouver un équilibre à travers tout ça.

Quand je joue ma propre musique, la ligne entre compositeur et interprète reste assez claire dans ma tête mais je me laisse une certaine souplesse. C’est ma musique après tout et je peux la changer comme et quand je veux. Si, lors d’une pratique, je découvre un doigté différent qui facilite un passage et que ceci change deux ou trois notes de passages que j’ai proposées dans la partition en tant que compositeur,  je peux facilement vivre le dilemme intérieur – changer ou ne pas changer ces notes – et résoudre le problème à ma manière. Puis, je peux éventuellement revoir le passage et modifier à nouveau ma proposition.  Il m’est même arrivé de changer des passages un ou deux jours avant la création et même parfois seulement quelques minutes avant de monter sur scène ! (Cette approche n’est pas particulièrement étonnante si on considère le fait que 100% des guitaristes électriques viennent de la tradition des musiciens autodidactes et des improvisateurs et que l’idée d’une musique malléable et adaptable au besoin fait partie de cette culture fondamentale qui guide le guitariste, tout le long de son apprentissage.)

Jouer la pièce d’Andrew m’impose toutefois une approche totalement différente de cette pratique que j’adopte habituellement. Il faut que je joue sa musique, exactement comme il l’a imaginée.  Le vrai défi n’est pas particulièrement technique (même si la pièce reste relativement exigeante) mais plutôt d’ordre psychologique : comment interpréter la musique d’un autre compositeur, comme si c’était la nôtre…?  Car une fois sur scène, le soliste doit avoir intégré la pièce comme si c’était la sienne, pour en livrer toute la force.

Il faut dire que le travail a ici été facilité par le fait qu’Andrew est lui-même un excellent guitariste. Par conséquent, la pièce est très bien écrite pour mon instrument et je n’ai pas à livrer bataille avec celui-ci (ni avec le compositeur, d’ailleurs) pour arriver à une pièce qui atteint bien ses objectifs. C’est un excellent point de départ. Mais lors de mes séances de travail, je dois avancer sur plusieurs niveaux.  D’abord, apprendre les notes bien sûr, mais ensuite, trouver la logique, la beauté et l’expression de chaque phrase afin de rendre une vision complète de la pièce qui dépasse l’interprétation de ces simples notes.

Il y a également une autre étape à franchir : celle de faire la comparaison technique et philosophique entre la musique d’Andrew et la mienne.  Ce n’est pas une question de trouver qui est le “meilleur” compositeur – une telle question ne se pose pas vraiment – mais il faut que je comprenne comment Andrew aborde les questions fondamentales compositionnelles (forme, ligne, couleur, pour ne citer que trois aspects) et ce, en parallèle avec ma propre musique.  En fait, si, lorsque je joue la musique des autres, je ne peux pas ignorer le compositeur en moi, il me faut tout de même trouver des “accommodements raisonnables” et une façon de comprendre puis d’accepter cet autre langage, qu’il soit en accord ou en contraste avec le mien.  Je dois y croire complètement et éviter de dire “j’aurais fait ce passage autrement” puisque ce n’est pas ma musique et que la pièce d’Andrew composée par Tim serait évidemment une pièce totalement différente. La pièce est donc LA pièce.

De plus, je dois admettre que jouer la musique des autres me permet d’apprendre beaucoup, tant comme musicien que comme compositeur. Des détails techniques parfois mais avant tout, le côté humain.  L’expérience de jouer des notes créées par un autre être humain ?  De se mettre à sa place ?  De parler pour lui ?  C’est tout à la fois un défi, un privilège, un plaisir et une expérience très enrichissante !

En réalité, ce projet ne m’a toutefois posé aucune difficulté à ce niveau. En tant que guitaristes électriques tous les deux, Andrew et moi avons été marqués par les mêmes solistes (McLaughlin, Scofield, Frisell, des “shredders”, The Beatles, SRV, Clapton, une liste bien connue…) et nous avons pratiqué tant la musique jazz/rock/improvisée que celle écrite. Nous partageons donc un large bassin d’expériences communes qui a facilité notre communication me permettant de me retrouver assez facilement dans son langage musical – ce qui n’est pas le cas de tous les projets… En plus du plaisir à jouer et à écouter cette nouvelle pièce, que demander de mieux !

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